Rosette

Alimenté par

La nuit avant de s'endormir, Rosetta a cette conversation avec elle-même : 'Tu t'appelles Rosetta. Je m'appelle Rosetta. Tu as trouvé un travail. J'ai trouvé un travail. Tu as une amie. J'ai une amie. Vous avez une vie normale. J'ai une vie normale. Vous ne tomberez pas dans une ornière. Je ne tomberai pas dans une ornière. Bonne nuit. Bonne nuit. C'est une jeune femme déterminée à trouver un travail coûte que coûte. Elle s'échappe du monde de sa mère alcoolique, une vagabonde qui vit dans une caravane délabrée et s'enfuit vers le début de l'histoire, laissant sa fille se débrouiller seule. Rosetta voit un abîme béant sous elle et fera tout pour l'éviter.

Son histoire est racontée dans un film qui a étonnamment remporté la Palme d'Or au Festival de Cannes 1999, ainsi que le prix de la meilleure actrice pour sa vedette, Emilie Dequenne . Les victoires ont été surprenantes non pas parce que c'est un mauvais film (dans sa manière sans compromis, c'est un très bon) mais parce que des films comme celui-ci - néoréalistes, sans pedigree, abattus, stylistiquement simples - ne gagnent pas souvent à Cannes. La critique positive à contrecœur de Variety l'a classé comme 'un film d'art européen extrêmement petit de Belgique'. Pas seulement européen mais belge.

'Rosetta' s'ouvre sur son héroïne qui se fait virer, injustement, pensons-nous, d'un emploi. Elle frappe le patron, est poursuivie par la police, rentre chez elle dans la caravane de sa mère, et nous avons un aperçu de sa vie alors qu'elle vend de vieux vêtements pour de l'argent et enterre parfois des choses comme un écureuil. Elle pêche dans un ruisseau sale à proximité - pour se nourrir, pas pour s'amuser. Elle se lie d'amitié avec Riquet ( Fabrice Rongione ), une gamine de son âge qui travaille dans un stand de gaufres portable (oui, des gaufres belges dans un film d'art belge). Il l'aime, est gentil avec elle, et peut-être qu'elle l'aime.



Une vignette se succède. Nous découvrons que contrairement à presque toutes les adolescentes du monde, elle ne sait pas danser. Qu'elle a mal au ventre, peut-être à cause d'un ulcère. Un jour, Riquet tombe dans la rivière en essayant de récupérer sa ligne de pêche, et elle attend un temps étrangement long avant de l'aider à sortir. Plus tard, elle avoue qu'elle ne voulait pas qu'il sorte. S'il s'était noyé, elle aurait pu obtenir son travail. Après tout, le roi des gaufres du coin l'aime bien, et elle aurait déjà eu un travail s'il n'était pas allé à son idiot de fils.

Ce qui se passe ensuite, je vous laisse le découvrir. Le film a une étrange puissance souterraine. Il ne s'efforce pas d'obtenir notre sympathie ou ne fait aucun effort pour dépeindre Rosetta comme colorée, gagnante ou sympathique. C'est un film de déterminisme économique, l'histoire d'une jeune femme pour qui emploi rime avec bonheur. Ou alors elle pense jusqu'à ce qu'elle ait un emploi et qu'elle ne soit pas plus heureuse, peut-être parce que c'est quelque chose qu'elle n'a tout simplement jamais appris à être.

Deux autres films rôdaient comme des fantômes dans ma mémoire pendant que je regardais « Rosetta ». L'un d'eux était 'Mouchette' de Robert Bresson (1966), sur une pauvre fille qui est cruellement traitée par un village. L'autre était celle d'Agnès Varda' Vagabond ' (1986), à propos d'une jeune femme seule sur la route, passant progressivement de routard à sans-abri. Ces personnages sont les sœurs spirituelles de Rosetta, partageant son fier mépris pour la société et son besoin désespéré d'être considérée comme faisant partie de celle-ci. trouve un travail, elle trouvera un ami, elle aura une vie normale, elle ne tombera pas dans l'ornière, bonne nuit.